Le tubeless tout le monde en a entendu parler. Pourtant ça reste une technologie méconnue, sur laquelle on entend dire tout et son contraire. Je vais essayer de démystifier dans cet article et partager mon expérience de vététiste, après plus de 7 ans et plus de 20 000 km parcourus.
Le tubeless qu’est ce que c’est ?

Vous avez tous des pneus tubeless sur votre voiture. C’est pareil pour le vélo : le pneu est monté directement sur la jante, sans chambre à air. La plupart du temps on ajoute un liquide qu’on appelle préventif à l’intérieur du pneu – j’y reviendrai plus tard. Attention toutes les roues ne peuvent pas être montées en tubeless. En effet la jante doit être compatible, plus spécifiquement elle doit avoir un ruban d’étanchéité qui empêchera l’air de fuir par les trous de rayons, ainsi qu’une valve spécifique elle aussi montée de façon étanche sur la jante. Les pneus doivent aussi être conçus pour une application tubeless – on parle couramment de « tubeless ready ». N’essayez surtout pas de monter un pneu non compatible !
Les bénéfices du tubeless
Premier avantage, et pour moi il est décisif : moins de crevaisons. D’abord les petits trous provoqués par des épines (venez en Normandie en octobre après la taille des haies d’aubépines, vous saurez de quoi je parle) sont colmatés par le préventif. Le pneu est percé mais vous ne vous rendez compte de rien, c’en est presque magique. Ensuite fini les crevaisons par pincement de la chambre à air lors de gros impacts. Bien sûr il y a des limites : si votre pneu est lacéré avec une grosse entaille le préventif ne fonctionnera pas et il faudra utiliser une bonne chambre à air. Mais dans ce cas même avec une chambre vous auriez le même problème. Pour des trous assez gros de 5 à 8 mm il est néanmoins possible de réparer avec des mèches sans même démonter votre pneu. C’est tellement fiable que depuis 5 ans je roule sans même une chambre à air, je n’emporte qu’une pompe et qu’un kit de mèches.
Deuxième avantage : vous pouvez rouler à plus basse pression. C’est plus de grip et de confort, sans perdre en rendement, surtout dans des conditions humides ou cassantes. Personnellement avec mes 70kg je descends à 1,3 bar à l’avant en 2,25″ de section voire même 1,1 bar en 2,4″. A l’arrière je laisse un peu plus autour de 1,4 bar en 2,25″. La différence de confort et de contrôle est vraiment sensible, essayez !
Troisième avantage : le gain de poids. Une chambre à air c’est 150 g alors que vous mettez seulement 60 à 80 ml de liquide préventif. C’est peu mais on sait que chaque gramme compte, surtout sur les masses en rotation.
Quatrième avantage : un léger gain en rendement, car moins de pertes liées aux déformations de la chambre à air et aux frottements entre chambre et pneu.
Les inconvénients du tubeless
Bien sûr il y a quelques inconvénients. D’abord le montage du pneu est plus compliqué, surtout pour faire « claquer » les flancs du pneu et obtenir l’étanchéité lors du premier montage. Selon les types de pneus et de jantes il peut être pratiquement impossible de monter le pneu avec une simple pompe à pied. L’utilisation d’un compresseur disposant d’un fort débit est alors nécessaire. Je procède en général de la façon suivante : je monte le pneu (attention à ce que la valve soit à l’intérieur). A l’aide d’un démonte-obus je retire l’obus de la valve et j’introduis le préventif avec une seringue. Je remets ensuite l’obus et gonfle au compresseur jusqu’à 3 bar mini : il faut entendre le « clac » caractéristique lorsque la tringle se met en place sur les crochets de la jante. Je fais tourner la roue quelques tours pour que le préventif enrobe bien tout l’intérieur du pneu. Je dégonfle enfin pour atteindre la pression désirée. Et voilà c’est prêt à rouler.
Deuxième inconvénient : l’étanchéité est un peu moins bonne avec de très légères fuites d’air permanentes. En pratique ça veut dire qu’il faut vérifier et ajuster la pression avant chaque sortie. J’utilise pour ça un manomètre assez précis pour ajuster à 0.1 bar près.
Troisième inconvénient : en cas de crevaison l’intérieur du pneu est sale et on s’en met partout. C’est heureusement assez rare mais ça arrive !
Dernier inconvénient : le liquide préventif sèche et s’évapore et doit être vérifié régulièrement. Je recommande de faire un appoint tous les 6 mois.
Trucs et astuces
C’est normal de galérer pour monter votre premier pneu, surtout si vous n’avez pas de compresseur. Une petite astuce : vous pouvez utiliser une chambre à air pour mettre une des tringles du pneu en place. Ensuite avec un démonte pneu vous sortez une seule des tringles de la jante comme pour réparer une crevaison, en veillant à ce que l’autre reste bien en place. Vous retirez la chambre, réinstallez la valve et remettez le pneu en place. Un peu de préventif et cette fois ci au gonflage vous avez déjà l’étanchéité sur la moitié du pneu ce qui facilite grandement l’opération. C’est une technique que j’ai souvent utilisée avec des pneus qui étaient un peu grands pour la jante. Les jantes tubeless récentes sont maintenant conçues avec un montage initial plus serré qui facilite grandement le montage. Avec mes jantes carbone DUKE je peux monter mes pneus à la pompe à pied sans aucun problème. En cas de pneu récalcitrant n’hésitez pas à aller dans un garage automobile ou un atelier vélo et à faire gonfler votre pneu au compresseur. Il vous faudra simplement vous munir d’un petit embout d’adaptation presta/schrader.
Vous pouvez mettre le préventif soit avant soit après avoir fait claquer le pneu sur la jante. Une fois qu’il est bien monté les tringles restent en place même en dégonflant totalement. Si vous disposez d’un compresseur je recommande de le mettre après, c’est plus propre. Sans compresseur il vaut mieux le mettre avant car le liquide aide l’étanchéité et permet de faire claquer le pneu plus facilement.
Pour introduire le préventif dans le pneu il y a deux écoles : certains versent le préventif dans le pneu avant de remonter la deuxième tringle, personnellement j’utilise une seringue pour introduire le préventif par la valve après avoir au préalable démonté l’obus. C’est plus précis et plus propre.
L’utilisation d’un démonte obus est dans ce cas indispensable. Ca coûte quelques euros, et vous ne regretterez pas cet investissement !

Bien choisir son liquide préventif : faites vous votre expérience, personnellement j’utilise du Stan’s No Tubes. Attention la viscosité du préventif doit être adaptée à votre utilisation. Il existe en effet du préventif pour les applications route, plus visqueux car spécifié pour des pressions de 5 à 7 bars.

Vérifiez régulièrement votre valve. En cas de grosse crevaison il vous faudra la démonter pour mettre une chambre à air, il vaut mieux que le filetage ne soit pas grippé ou trop serré.
Quand vous changez votre pneu vérifiez bien l’état de votre fond de jante. Surveillez en particulier les signe de décollement du ruban. Un problème d’étanchéité à ce niveau peut être ennuyeux, car le liquide d’étanchéité va fuir par la jante et les trous de rayons et polluer l’intérieur de votre jante. J’utilise depuis des années du fond de jante DT SWISS qui fonctionne très bien. Attention à la largeur du fond de jante qui doit être adaptée à la largeur interne de votre jante, en général supérieur de 2 à 3 mm.

Pour réparer j’emporte avec moi dans mes sorties un kit de mèches avec embout DYNAPLUG. Léger 55 g, compact, ce kit permet de colmater des trous assez importants. Les mèches sont équipées d’un embout laiton qui empêche la mèche de sortir. L’intérêt est de pouvoir réparer sans rien démonter ! Ca m’a permis de dépanner quelques uns de mes amis.

Conclusion
Si vous pratiquez le VTT régulièrement, que vous recherchez le confort, la performance, la sérénité et que vous acceptez de passer un peu de temps à préparer votre vélo alors le tubeless est fait pour vous. Sautez le pas, vous ne le regretterez pas et comme moi vous ne reviendrez jamais en arrière.
Si en revanche vous roulez de façon plus occasionnelle, si vous changez régulièrement de pneus, si vous cherchez la simplicité et que vous n’avez pas de compresseur à disposition alors restez en chambre à air.
J’espère que cet article et ces conseils issus de quelques années de pratique vous ont été utiles. N’hésitez pas à me faire part de vos commentaires !
